2.0 La valeur d'usage productive : quantifier la contribution de la biodiversité à l'économie mondiale
La conservation de la biodiversité est une nécessité économique, car les ressources biologiques ne sont pas des externalités mais des intrants directs pour les principales industries mondiales. La « valeur d’usage productive » de ces ressources – leur valeur commerciale sur les marchés formels – est un élément essentiel de l’économie mondiale, et sa dégradation constitue une menace directe pour la stabilité et la croissance économiques.
L'analyse globale met en évidence cette dépendance, ce qui constitue un enseignement clé :
Au moins 40 % de l'économie mondiale et 80 % des besoins des populations pauvres dépendent des ressources biologiques.
La « valeur d’usage productive » est précisément définie comme « la valeur commerciale des produits récoltés à des fins commerciales pour être échangés sur les marchés formels ». Une analyse des principaux secteurs industriels révèle l’ampleur de cette dépendance.
Agriculture : L’agriculture moderne repose sur la biodiversité. Les cultures actuelles proviennent de variétés sauvages, et les biotechnologistes continuent d’exploiter le patrimoine génétique de ces espèces sauvages pour développer de nouvelles variétés à haut rendement et résistantes aux maladies. Les espèces sauvages apparentées aux plantes cultivées fournissent le matériel génétique essentiel à l’innovation agricole et à la sécurité alimentaire.
L’élevage : Tous les animaux domestiques, essentiels à l’approvisionnement alimentaire mondial, descendent d’espèces ancestrales sauvages. Les filières modernes d’aviculture, de production laitière et de pisciculture reposent sur des techniques de sélection scientifique qui améliorent les caractéristiques et les rendements du lait, de la viande et des autres produits animaux, un processus qui trouve son origine dans la diversité génétique présente dans la nature.
Secteur énergétique : Les principales sources d’énergie de l’ère moderne — les combustibles fossiles comme le charbon, le pétrole et le gaz naturel — sont des produits directs de la biodiversité passée. Ces ressources sont essentiellement des « héritages de la biodiversité du passé géologique », formées par la décomposition de la matière organique sur des millions d’années.
Industrie pharmaceutique et médecine : Le secteur de la santé est profondément dépendant de la biodiversité. La plupart des médicaments modernes ne sont pas synthétisés de novo, mais extraits de diverses plantes. Les écosystèmes mondiaux constituent un vaste réservoir de composés chimiques aux applications médicales potentielles, dont beaucoup restent encore à découvrir.
Innovation industrielle et biotechnologie : la biodiversité offre aux industriels une source inépuisable de ressources et d’inspiration pour développer de nouveaux produits. La recherche et le développement de nouvelles variétés de cultures à partir du matériel génétique de leurs ancêtres sauvages constituent une pratique biotechnologique essentielle, appelée « prospection biologique ». Ce processus met en lumière l’immense potentiel, souvent inexploité, de développement économique futur que recèlent les écosystèmes naturels.
L'immense valeur productive de la biodiversité dans ces secteurs en fait un atout économique fondamental, et sa dégradation continue représente un risque important pour la prospérité future.