5.0 Conclusion : Au-delà des prescriptions universelles
Cette analyse retrace l'évolution de la théorie de la croissance, des modèles néoclassiques fondateurs à un cadre schumpétérien plus sophistiqué, capable d'expliquer la divergence persistante des revenus mondiaux. Cette perspective, ancrée dans la dynamique de l'innovation, de la destruction créatrice et du transfert de technologie, offre un outil précieux pour comprendre les trajectoires divergentes des économies nationales.
La principale conclusion de cette analyse est que la grande divergence entre pays riches et pays pauvres s'explique par un échec d'adaptation institutionnelle. Le chemin vers la prospérité n'est pas linéaire, et les stratégies qui permettent à un pays pauvre d'amorcer son rattrapage sont souvent celles-là mêmes qui le freineront par la suite. Les pays se répartissent en deux catégories : le « club de la convergence » et le « club de la stagnation », selon un seuil minimal de qualité institutionnelle. Plus fondamentalement, pour ceux qui convergent, le parcours implique une transition cruciale. Une économie doit passer d'une stratégie de croissance fondée sur l'imitation , pertinente lorsqu'elle est loin des avancées technologiques, à une stratégie axée sur l'innovation à mesure qu'elle se développe. Ne pas réussir cette transition institutionnelle peut mener à un « piège de la non-convergence », où le pays stagne, incapable de converger pleinement avec les principales économies mondiales.
La principale implication politique est que les stratégies de développement uniformes, telles que celles associées au Consensus de Washington, sont fondamentalement erronées. Les prescriptions universelles pour des institutions « performantes » – qu’il s’agisse d’une protection renforcée des brevets, d’investissements spécifiques dans l’éducation ou de différents degrés de concurrence sur le marché – sont susceptibles d’être inefficaces, voire contre-productives. Les politiques de croissance les plus efficaces ne sont pas universelles, mais dépendent du niveau de développement technologique du pays. Le défi pour un pays en développement est donc double : premièrement, favoriser des institutions adaptées à sa position actuelle par rapport à l’échelle mondiale ; deuxièmement, veiller à ce que ces institutions puissent évoluer au rythme du développement de son économie.
En définitive, la voie de la prospérité est un processus dynamique de transformation structurelle et institutionnelle. C'est un parcours qui exige une adaptation constante. Le plus grand défi pour un pays en développement n'est souvent pas de surmonter ses échecs, mais de transformer ses succès passés en atouts pour répondre aux exigences novatrices de l'avenir.